Kamerun, 1er janvier 1960

Cinquantenaire de la néocolonisation et Cinquantenaire d’une victoire des patriotes
PROGRAMME DU 50AIRE

Comment parachever la lutte des progressistes et organiser la victoire finale du peuple kamerunais sur l’exploitation
capitaliste et l’impérialisme.




Depuis le 31 décembre 2009 et le discours du président Biya, à l’occasion de la présentation des vœux aux Kamerunais, le
débat politique est souvent animé par des prises de position sur l’indépendance du Kamerun. Le Kamerun est devenu
indépendant à travers deux déclarations : le 1er janvier 1960 pour la partie dominée par la France et le 1er octobre 1961,
pour ce qui est de l’ex-Southern Cameroon, sous l’emprise de la Grande-Bretagne. Ainsi l’expliquent tous les livres d’
histoire. Mais selon que l’on observe l’événement-indépendance du point de vue de la bourgeoisie kamerunaise qui a
composé avec le colonisateur français ou anglais, ou alors qu’on se souvienne de l’indépendance telle qu’elle a été vécue
dans le paysannat, chez les travailleurs, dans les masses populaires.

Il faut en effet se souvenir que dans les deux parties du Kamerun divisé par la première guerre mondiale, l’indépendance
fut le résultat de la maturation d’une situation historique marquée par deux réalités d’envergure :

*la dégradation des conditions de vie des masses kamerunaises ;

*la prise de conscience par des patriotes kamerunais de la nécessité de libérer leur pays du joug de l’exploitation coloniale.

°Quand les Kamerunais réussissent à chasser - du moins aux postes de commandement visibles, les envahisseurs
coloniaux, le pays, en raison de l’effort de guerre important que les masses ont été contraintes de supporter, est dans un
état lamentable. En plus de payer le prix de l’exploitation coloniale qui les fait travailler gratuitement en vue d’enrichir la
métropole, les Kamerunais devaient aider les colons à alimenter et organiser leurs armées engagées dans la deuxième
guerre mondiale qui dura de 1939 à 1945. Pour le peuple kamerunais, c’était une double ponction subite et insupportable.
Le travail forcé, les dépeuplements de régions entières, l’absence des hommes obligés de travailler pour l’entreprise
coloniale (routes, chemins de fer, plantations, etc.) dans les foyers, la modification profonde des structures économiques
et sociales communautaires démantelées au profit du système économique de marché… sont autant de perturbations
sociales qui font qu’aujourd’hui (années 1940) plus qu’hier (avant la colonisation et peu avant la 2ème G.M.) il ne fait plus
bon vivre chez nous.

°Mais, comme dit une sagesse populaire, à quelque chose malheur est bon. La deuxième guerre mondiale a en effet donné
aux Kamerunais qui revenaient de la guerre de comprendre davantage que l’exploitation coloniale, comme la France
défaite, n’était pas un horizon indépassable. En Occident également, les forces progressistes s’opposent aux
gouvernements impérialistes dont la politique capitaliste et prédatrice a débouché sur la guerre la plus dévastatrice de l’
histoire de l’Humanité à cette époque-là. Certains militants progressistes comprennent la nécessité d’universaliser dans la
pratique, la lutte contre l’impérialisme qui est une expression de l’économie capitaliste qui comme un cancer étend ses
métastases dans le monde qu’il exploite. Aidés par des militants progressistes français comme Gaston Donnat, les
Kamerunais qui avaient déjà été quelque peu instruits à l’école française par exemple, les premiers militants de la cause
de l’indépendance commencèrent à organiser la lutte qui se manifestera dans des mouvements comme l’Upc (Union des
populations du Cameroun créée à Douala le 10 avril 1948) et l’éphémère Racam (Rassemblement camerounais). Ce grand
mouvement de revendication s’exprimera aussi à travers les syndicats après la reconnaissance du droit syndical aux
colonisés à la conférence de Brazzaville (30 janvier-8 février 1944). L’autorisation de créer des partis et des syndicats était
en fait une victoire des Africains qui commençaient à organiser partout des mouvements de revendication dont le plus
connu sera la protestation des « tirailleurs sénégalais » massacrés par l’armée française à Thiaroye au Sénégal en 1944.

Voilà donc en quelques lignes le visage du Kamerun tel qu’il est à ce qui peut être considéré comme l’avant-veille de l’
indépendance. C’est dire que pour les milliers de femmes, de jeunes et d’hommes qui adhèrent à l’Upc et militent pour la
réalisation de ses objectifs jusqu’à son interdiction en juillet 1955 par le colon français, l’indépendance n’a pas le sens que
peuvent lui donner ceux qui vont en hériter comme gestionnaires de l’Etat néocolonial du Kamerun dirigé par Ahmadou
Ahidjo et Cie. Il s’agit, selon les statuts de l’Upc de réunifier les deux Kamerun arbitrairement et injustement divisés ; d’
obtenir l’indépendance et d’améliorer le standard de vie des Kamerunais. Le dernier élément du programme tripartite de l’
Upc, comme nous l’aurons signalé plus haut, indique bien que les Kamerunais vivaient dans de mauvaises conditions.
Signalons à ce sujet, une petite anecdote pour savoir, comment à cette époque, nos illustres devanciers avaient donné un
contenu à l’indépendance. Les fondateurs de l’Upc avaient rédigé des statuts qui assignaient au mouvement nationaliste la
mission de lutter contre l’exploitation des Kamerunais par les trusts coloniaux. La discussion de ce projet de statuts de l’
Upc était arrivée à la conclusion que une telle disposition allait heurter l’administration coloniale qui rejetterait alors la
déclaration de naissance du parti Upc. D’où une nouvelle formulation naquit : élévation du standard de vie des
Kamerunais. En ces quelques mots se trouvent pourtant résumé le drame de l’indépendance kamerunaise.

Le Kamerun qui devint donc indépendant le 1er janvier 1960 pour sa partie orientale et le 11 octobre 1961 pour sa partie
occidentale sera en effet marqué par deux conceptions opposées, si l’on peut parler ainsi, de l’indépendance. Car, à l’
opposé des aspirations populaires se trouve un groupe de Kamerunais, rétifs à l’idée d’indépendance, mais qui vont
pourtant être obligés de suivre le grand mouvement libérateur du Kamerun. Au sein de partis comme le Bdc (Bloc
démocratique camerounais) qui génèrera le Pdc (Parti des démocrates camerounais), l’Uc (L’Union camerounaise devenu
en 1966 l’Unc puis en 1985 le Rdpc) et d’autres formations de moindre envergure, prospèrera l’idée que l’on devrait aller à
l’indépendance par étapes ou tout au moins, ne pas couper le lien de subordination qui assujettit la vie des Kamerunais
aux métropoles occidentales qui dominent ce pays et la majeure partie de l’Afrique. Au Kamerun anglophone cependant, la
lutte pour l’indépendance semble moins compliquée en raison de la marge de manœuvre que la colonisation britannique
laisse aux dominés. Moins frontal, le conflit n’en demeure pas moins réel. John Ngu Foncha qui se révèlera comme le plus
grand leader indépendantiste avec le Kndp- Kamerun national democratic party, offre à la conférence de Foumban en
juillet 1961 après le vote en faveur de la réunification du 11 février 1961, de rejoindre le clan de la bourgeoisie
francophone qui vient au pouvoir à Yaoundé. Pour ces derniers, l’indépendance est donc aussi une victoire.
Paradoxalement. Elle marque leur élévation du grade d’assistants coloniaux à celui de maîtres d’ouvrage délégués. Pour
eux, l’indépendance est l’occasion de remplacer les exécutants du programme impérialiste dans notre pays. Ahmadou
Ahidjo le manifestera à la place de l’Indépendance qui se trouve devant l’hôtel de ville Yaoundé ce 1er janvier 1960 en
demandant à tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec les modalités de cette indépendance de le rejoindre malgré tout.
En ce moment-là, la bourgeoisie kamerunaise qui s’établit à travers l’un de ses représentants est totalement éloignée des
luttes populaires que nous avons mentionnées plus haut. Pour le petit commerçant kamerunais, il s’agit de prendre la
place du négociant grec, français ou libanais. L’employé kamerunais du bureau aux finances se voit bien chef du service
ou directeur avec cette indépendance. Le représentant à l’assemblée législative a bien compris l’intérêt qu’il y a pour lui à
obtenir cette forme d’indépendance qui l’autorise à être ministre des Mines sans pour autant participer à la décision -et
moins encore à la mise en œuvre, qui organisera l’exploitation des richesses minières.

On peut donc dire sans étonner notre lecteur ou notre auditeur que le Kamerun a accédé à deux indépendances. Non pas
en raison des deux dates de janvier 1960 et d’octobre 1961, mais bien parce que la manifestation de l’indépendance du
Kamerun est interprétée de deux façons. Ahmadou Ahidjo déclarera en effet dans la proclamation de l’indépendance : «
Nous ne nous étions pas trompés. Nous devons aux Nations Unies et à la Puissance tutrice, la France, de nous avoir aidés
à construire notre nation en dehors de la haine et de la force. Qu’elles en soient remerciées. Nous ne croyons pas, en
effet, comme quelques-uns, attardés dans un romantisme désuet, que des luttes meurtrières soient nécessaires aux
mouvements de l’histoire et que les nations doivent se créer dans le sang. […] Ceux qui se sont séparés de nous et ont
tenté de conquérir seuls les objectifs qui revenaient à tout un peuple n’ont fait qu’entraver la marche de leurs frères. Qu’
ils reconnaissent leur erreur et nous rejoignent. Nous oublierons leurs défections et l’histoire ne retiendra que l’action
commune d’un peuple épris de dignité, de justice et de liberté. » Pour Félix-Roland Moumié, l’un des chefs de l’Upc (il en
était alors le président) en exil il faut vivre cette indépendance en acceptant de continuer à combattre : XXXXXXXXXXXXXXX.

Avec le président Moumié, nous pouvons donc être fiers de cette indépendance kamerunaise. Tout au moins, pouvons-
nous nous remémorer cette victoire d’étape, cette bataille remportée dans une guerre plus vaste et plus longue.
Pareillement, les colonialistes et les néocolonialistes sont heureux d’avoir pu manœuvrer et s’en tirer à si bon compte face
à la révolte populaire dirigée depuis par les patriotes kamerunais qui se sont succédé dans le temps dès lors que l’
impérialisme a mis le pied sur la terre de nos ancêtres et nous a culturellement, politiquement et économiquement
dépouillés. C’est dire si au cœur de notre projet d’indépendance et de souveraineté imaginé depuis l’époque des premiers
résistants comme Omgba Bissogo, Lock Priso, Madola ou Rudolf Douala Manga Bell, et dont la réalisation a connu une
époque glorieuse de difficultés et d’avancées, demeurent les mêmes forces opposées.

De fait, il n’y a dans cette lutte à mort pour la vie du peuple kamerunais qu’un seul protagoniste qui n’a pas vu sa situation
se modifier positivement. Ce sont les masses kamerunaises victime de l’exploitation. Frappées de plein fouet par tous les
soubresauts de la machine économique capitaliste qui domine et détruit le monde, les populations kamerunaises sont au
dernier wagon, celui de l’Afrique de la mondialisation capitaliste. Les moindres hoquets de la locomotive sont répercutés
sur cette voiture de train perpétuellement en déraillée et qui doit subir toutes les médecines : privatisations des
entreprises stratégiques avec son cortège de licenciement et de baisse de la qualité et du coût des services, plans d’
ajustement structurel, etc. D’après l’Oms les Kamerunaises (52 ans) peuvent espérer vivent plus longtemps que les
Kamerunais (50 ans). Même l’alimentation -hier on se glorifiait de l’autosuffisance, dépend aujourd’hui en grande partie de
l’extérieur. Selon la direction général des Douanes nous avons importé, entre 2004 et 2009, six millions de tonnes de
denrées alimentaires. Durant l’année 2004, nous n’avons acheté que pour 850.000 tonnes de nourritures étrangères. Les
cinq années ont donc vu une augmentation d’environ 150.000 tonnes par an de demande en aliments. Notre pays a ainsi
dépensé (pertes de devises) plus de 1300 milliards de Fcfa depuis 2004 pour s’alimenter quand on sait que les mêmes
sources disent que cette année 2004 nous n’avions acheté « que » pour 167 milliards de Fcfa. En 2004 en effet, nous étions
pour importer de la nourriture. En 2008, le Cameroun est classé 164ème sur 181 dans le classement des pays les plus
risqués du monde et occupe la 2nde place dans la sous région d'Afrique centrale, selon une enquête menée par la Banque
Mondiale et la Société Financière Internationale. Le Kamerun a ainsi reculé d'une dizaine de places par rapport à sa
position de 2007 où il était classé 154ème. La situation ne s’améliore donc pas pour les populations, puisque le pays, classé
143è pays sur 182 sur le rapport mondial 2009 sur le développement humain, il hésite entre passer dans la tranche des
pays à développement humain moyen et ceux dont le développement humain demeure faible. L’Etat du Kamerun lui-même
reconnaît que le nombre de pauvres -vivant avec « moins de 738Fcfa par jour- a augmenté de près d'un million au
Cameroun entre 2001 et 2007 » comme l’a indiqué une dépêche de l’Afp en février. Le nombre de cette catégorie de
pauvres est ainsi passé de « 6,2 millions en 2001 à 7,1 millions », il s’agit de 39,9% de la population en 2007, soit 900.000
personnes, indique l'enquête réalisée par l'Institut national des statistiques (Ins) du Cameroun. La corruption quant à elle n’
est pas étrangère à cet accroissement de la pauvreté. En 1997 et 1999, le Kamerun fut classé comme le pays le plus
corrompu de la planète selon un palmarès de Transparency International (TI). En 2008, il occupait la 141ème place sur les
180 pays classés par Transparency International. C’est dans cette vase handicapante que doivent se mouvoir les
Kamerunais face à leurs vieux adversaires : l’impérialisme et ses serviteurs locaux.

L’impérialisme international en revanche se porte beaucoup mieux qu’en 1960 où il était tout de même obligé de faire
attention à la contestation populaire. Désormais, il règne en maître bien plus souverain. Les concessions faites aux masses
kamerunaises en terme de construction d’un ersatz de tissu économique national offrant des possibilités d’
épanouissement économique et d’amélioration de la vie ont été reprises. L’eau et l’électricité, propriétés kamerunaises
ont été cédées à des investisseurs étrangers. Idem pour le chemin de fer dont chacun des kilomètres dans sa partie
méridionale notamment est imbibé du sang des victimes du travail forcé que tout le monde dans le sud-camerounais
appelle Ndjockmassi sans certainement savoir d’où est venu cette expression. Au Kamerun, le pétrole, le bois, les grands
moyens de transport, tout ce qui peut rapporter de l’argent en grande quantité est en effet entre les mains des
multinationales étrangères. Les multinationales, c’est bien sous ce nom qu’aujourd’hui, les Kamerunais doivent
reconnaître les anciens comptoirs coloniaux. Le Kamerun utile est donc entre des mains étrangères, je veux dire entre des
mains malveillantes qui ne se préoccupent pas de l’intérêt des Kamerunais. Justement, où est donc passé le
gouvernement qui le 1er janvier 1960 se vantait à travers Ahmadou Ahidjo de sa réussite future : « Nous saurons dans l’
enthousiasme bâtir une nation dont nos enfants seront fiers et qui dans le monde marquera sa place sous le triple signe
de notre devise nationale… » De toute évidence, le pays réel, celui que nous avons décrit en parlant des conditions de vie
des masses kamerunaises, ne peut être fier de ce que le gouvernement Ahidjo-Biya a fait du Kamerun dont la place dans le
monde n’est justement pas respectable et encore moins enviable. Dans la lutte pour l’indépendance, ces deux forces,
additionnées, sont d’accord pour maintenir un statu quo néfaste pour l’écrasante majorité. Elles diffèrent cependant quant
à leur capacité à gérer la situation qui s’est établie.

Au Kamerun, ce sont les derniers jours de décembre 2009 qui ont permis au grand public de savoir que le gouvernement
préparait un programme de manifestations pour « célébrer » l’indépendance et la réunification du Kamerun. Apparemment
maître du jeu, gouvernement souverain, les autorités néocoloniales kamerunaises -Ernest Ouandié aurait parlé des «
fantoches »- se sont pourtant mises à la remorque d’une célébration que ses maîtres français avaient depuis longtemps
déjà annoncée. Que peut-on en déduire ? D’abord que dans le rapport entre l’impérialisme français et ses représentants
au Kamerun, il existe une volonté du premier de rassembler autour de lui les seconds (comme Nicolas Sarkozy l’a prévu
pour le défilé du 14 juillet 2010) afin de parer les tentatives de pénétration anciennes des autres forces impérialistes (Usa,
Grande-Bretagne, etc.) tout en circonscrivant dans la mesure du possible les forces nouvelles qui se disputent le pillage
de l’Afrique (Chine, Inde, etc.). Pour Nicolas Sarkozy, obligé des représentants du Cac 40 (On se souviendra du séjour de
détente et de récompense du président français après son élection en 2007 sur le yacht de Vincent Bolloré), il s’agit de
préparer continuellement le terrain pour ces messieurs de la bourse de Paris qui trouvent en Afrique un vaste champ de
récoltes de produits qu’ils n’ont pas semés, prêts à la cueillette, et où même les cueilleurs ne sont pas correctement
rémunérés. Face à cela, l’impréparation traditionnelle du gouvernement kamerunais qui navigue à vue est une
circonstance favorable que l’on ne verra pas partout ailleurs.

En Afrique anglophone en effet, l’on a vu une meilleure préparation de ce moment qui a été pour un pays comme le Ghana
une évaluation critique du chemin parcouru et une occasion de signer à nouveau un contrat national pour la démocratie et
le progrès. Le Ghana en 2007 a annoncé plusieurs années à l’avance, la célébration de son cinquantenaire. Les places
commémorant des hommes qui ont fondé le mouvement nationaliste dans ce pays, comme Kwame Nkrumah ont été
rénovées. Des opposants à Nkrumah comme Danquah demeurent des figures connues, critiquées et respectées. Dans la
foulée, le Ghana a vécu sa troisième alternance démocratique par une élection présidentielle. Dans le pays de Ruben Um
Nyobe, une telle réalisation est encore difficilement imaginable. La raison en est simple : à la différence du Ghana, l’idée de
gestion souveraine et démocratique, dans l’unité populaire, en vue de faire progresser socialement les Kamerunais ne s’
est jamais retrouvée en possession du pouvoir. Cette idée est celle de Ruben Um Nyobe et de ses compagnons, se
déclinait avant lui par le refus de l’arbitraire colonial sur les terres du plateau Joss à Douala et qui se traduit aujourd’hui
par les résistances des étudiants syndicalistes à l’Addec (Association pour la défense des droits des étudiants du
Cameroun) ou au Ubsu (University of Buea students union) et aussi par la réaction populaire des jeunes manifestants de
février 2008 massacrés par le régime néocolonial. Ces exemples de concitoyens en lutte contre un système qui les
oppresse et qui leur dénie leur Humanité, sont plus éloquents que tous les discours. Les femmes et les hommes qui disent
Non à l’exploitation et à la dictature au Kamerun sont donc la preuve vivante que tout est possible à condition de se lever,
comme dans le passé.

Hier comme aujourd’hui, le problème kamerunais demeure grosso modo le même : comment réussir à récupérer le droit de
décider de leur sort aux habitants du Kamerun afin que ceux-ci s’en servent pour améliorer leurs conditions de vie. Une
Démocratie souveraine et prospère. Tel est le défi kamerunais. Il se pose au Manidem, comme il se pose à vous. Il est
indivisible. Ce 10 avril 2010, jour du souvenir de la création du parti qui porta au sommet de ses performances la lutte d’
émancipation des populations kamerunaises, il est symbolique de le rappeler car ce passé éclaire notre chemin vers la
victoire finale. Aujourd’hui en effet, après avoir restauré dans le sang et dans la sueur le droit de se réunir et le droit de s’
exprimer dans une relative liberté, le peuple kamerunais doit s’attaquer au travail de conquête d’autres leviers du pouvoir.
Dans cette bataille, le rôle des patriotes et des progressistes kamerunais est essentiel. Comme le levain dans la pâte, ils
doivent se répandre dans tous les milieux populaires pour faire connaître le programme de libération du Kamerun de la
prison de l’impérialisme. Il n’y a pas en réalité d’autres voies que celles-là. Les soubresauts de 1990 l’ont bien montré en
permettant à la bourgeoisie kamerunaise de se recomposer, donnant à une opposition institutionnelle une portion de
place au soleil, afin d’y diluer la contestation populaire. Etre de l’opposition au Kamerun dans les conditions actuelles
signifie donc qu’en accord avec les syndicats, avec les associations populaires, dans les familles comme dans les
quartiers, en ville comme en campagne, il faut populariser l’idée que seule la mobilisation populaire pour revendiquer l’
eau, l’électricité, les transports publics, les soins de santé, l’éducation, etc. en faveur de tous, permettra de renverser l’
ordre des choses. Pour nous, la force du changement est celle que détient le peuple. Un peuple en mouvement dans des
sit-ins, dans des marches, dans des boycotts, c’est ce peuple-là qui détient la clé de la prison kamerunaise. Comme le
disait Steve Biko, leader du Mouvement de la Conscience Noire durant la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud :




Librairie des Peuples Noirs, Yaoundé, 10 avril 2010




                                                 
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